Une rivière électrisante

Rivière Manicouagan – Baie-Comeau – Côte-Nord

Chenal fluvio-glaciaire il y a plus de 20 000 ans, la rivière Manicouagan fait maintenant place aux dunes et à l’hydroélectricité. Cette rivière, qui s’étend sur plus de 560 kilomètres, a été formée par les eaux de fonte souterraine du géant de glace appelé Inlandsis Laurentidien. En la naviguant, nul ne pourrait croire que la péninsule qui la borde est en majorité composée de sable et que celle-ci est appelée à disparaitre dans les millénaires à venir à cause de son érosion incessante. Quand on s’en approche, on peut plus facilement distinguer les strates de sable déposé au fil des siècles pour former ultimement un delta glaciaire. Cette formation naturelle se crée lorsque des sédiments de sable sont transportés par un cours d’eau lors de la fonte d’un glacier. C’est exactement ce phénomène qui s’est produit lors de la dernière glaciation et qui a créé la Péninsule Manicouagan. Il s’agit donc d’un musée géologique à ciel ouvert.

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Où de puissantes chutes coulaient jusqu’au début des années 1950, les centrales hydroélectriques de Manic-1 et de McCormick se dressent aujourd’hui. D’une puissance installée de 184 MW pour la première et de 321 MW pour la seconde, il est dangereux de s’en approcher en kayak, car les nombreux courants contraires et les tourbillons pourraient vous faire dévier de votre route et peut-être même dessaller. Ces forts courants sous-marins sont ressentis à plus de 500 mètres des dix turbines, ce qui ne rend pas simple la navigation de face ni même de côté.

Entouré d’une part de plages et de l’autre de roches, cet endroit est merveilleux pour celui qui désire contempler le paysage postglaciaire et pour qui souhaite avoir une vue d’ensemble de la ville de Baie-Comeau bordant cette rivière aux mille caprices. Ne vous méprenez pas à vous attarder trop longuement sur les belles plages du littoral, car la robe bleue s’étend rapidement et nul n’aimerait devoir patauger dans ces eaux sous la barre des 10 degrés Celsius inutilement. Gare à celle qui sait se montrer belle!

L’embouchure de la rivière Manicouagan, quant à elle, avec un débit moyen de 1000 mètres cubes d’eau à la seconde,  est un affluent majeur du fleuve Saint-Laurent. Ses marées parfois fortes peuvent vous faire échouer sur les nombreuses dunes lorsque l’eau se retire, mais quand elle revient, son fort courant arrivant directement de l’Atlantique peut créer de bonnes vagues près du rivage.

Le point de départ pour cette excursion est un probable poste de traite de fourrure appelé dans la région le Vieux Poste. Cet endroit se trouve sur le site d’une ancienne scierie fondée en 1898 par Henri et Damase Jalbert, deux frères également fondateurs du village aujourd’hui fantôme de Val-Jalbert au Lac Saint-Jean. Malheureusement pour eux, en 1900 et en 1907, deux crues printanières poussent au large les billes de bois récoltées plus haut sur la rivière, ce qui freine quelque temps la production. Quelques années plus tard, comble de malchance, la scierie elle-même part en fumée. Les frères Jalbert s’en retournent donc au Lac Saint-Jean et les résidents sans travail traversent sur l’autre rive, emportant avec eux le bois des quelque trente habitations, du presbytère et de la chapelle.

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C’est tout près des chutes de la rivière Amédée, dans cet ancien village de bucherons nommé Saint-Eugène-de-la-Manicouagan, que la mise à l’eau a lieu. Dès les premiers coups de pagaies dans cette rivière dont le nom amérindien pourrait signifier « Là où l’on donne à boire » et que les Français appelaient « la rivière noire » à cause de sa profondeur, vous vous sentirez entre ciel et terre, entre océan et mer, libre et fier. Les couchers de soleil sur la Manikouaganistikou font rêver. Une mer d’huile vous fait naviguer entre les nuages alors que la pointe de la péninsule Manicouagan vous montre le chemin vers l’éternité. Jacques Cartier lui-même aurait remarqué cette entrée d’eau noire lors de son voyage en 1535, mais l’aurait trouvée peu propice à la navigation à cause des nombreux bancs de sable à marée basse. Pourquoi donc ne pas entrer dans le sillage de ce grand explorateur et venir à votre tour découvrir ce rivage escarpé rempli de baies et de forêt à perte de vue?

Par François Bouchard

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