Kayak entre deux barrages

Réservoir Manicouagan-1 – Baie-Comeau – Côte-Nord

Il n’est pas usuel de prendre le départ tout juste derrière une centrale hydroélectrique. On peut même se demander si notre embarcation en subira les conséquences. Malgré les craintes mythiques d’être avalé dans une turbine, les eaux calmes vous prouveront le contraire. C’est donc entre un paysage de béton, de vannes et de forêts que la randonnée débute. Peu après vos premiers coups de pagaies dans cette parcelle tranquille, vous apercevrez un pont métallique enjambant presque trop facilement la rivière. Celui-ci permet depuis 1968 la traversée d’hommes, de motoneiges et de tout-terrains de l’autre côté. Un peu avant de passer sous ce pont et même peu après, vous ne pourrez ignorer les hydravions qui se trouvent à votre droite. Il s’agit d’un endroit fort prisé par les amateurs des airs pour prendre leur envol. La compagnie Air Safari permet aussi aux chasseurs voulant traquer le gibier dans le nord de les y amener. Dans la longue ligne droite suivant le pont, il est important de naviguer près des berges et d’être visible, car à tout moment, un hydravion pourrait décoller ou atterrir et il est possible que le pilote ne puisse pas voir votre petite tache au milieu de cette rivière noire. Toutefois, si vous avez à traverser pour suivre un joli castor, faites-le rapidement. Ceci dit, si vous avez la chance d’apercevoir un hydravion à l’atterrissage, prenez le temps d’admirer le moment ; ce n’est tous les jours qu’on peut le vivre.

Quand vous aurez franchi cette ligne droite, un large bassin s’ouvrira devant vous ; vous voilà dans l’immense réservoir. Il est possible que vous puissiez frôler des billes de bois couchées au fond de l’eau. Celles-ci s’y sont retrouvées au fil des années d’exploitation forestière alors que les troncs d’arbres suivaient le courant jusqu’à cet endroit localement appelé « le Jack Leader » où elles étaient sorties de l’eau et envoyées par arboriduc vers
l’usine de pâtes et papier de Baie-Comeau à dix-huit kilomètres de là. Ces troncs d’arbres, provenant des rives de la Manicouagan, étaient arrêtés puis déviés à l’est de l’ile Schmon grâce à l’estacade de retenue large de 3 500 pieds ancrée à une profondeur moyenne de 45 pieds. C’est dans ce fond glaiseux que seize jetées de pieux ont été ancrées afin de retenir et dévier environ 200 000 cordes de bois à pâte. Aujourd’hui, ces seize jetées, vestiges d’une époque révolue, sont toujours visibles.

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Si vous vous aventurez plus loin, vous remarquerez que les vagues se font de plus en plus insistantes et que des falaises se dressent devant vous. Ceci vous indique que vous approchez de la centrale hydroélectrique de Manic-2 et que vous devrez bientôt rebrousser chemin. Le courant des turbines vous propulsera de plus en plus vers votre point de départ. Un conseil avant de partir : apportez tout ce qu’il vous faut, car les endroits de repos se font rares dans ce bassin artificiel.

Par François Bouchard

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